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Le nerf obturateur

hyacinthes en arrière-plan (détail)

jardin botanique (détail)

eaux de Vaison-la-Romaine (détail)

sur un pont (détail)

Ces photos et d’autres sont visibles ici.

épigramme d’Alphée de Mytilène

(18) ΑΛΦΕΙΟΥ ΜΙΤΥΛΗΝΑΙΟΥ

Τλήμονες, οἷς ἀνέραστος ἔφυ βίος· οὔτε γὰρ ἔρξαι

εὐμαρές οὔτ’ εἰπεῖν ἐστί τι νόσφι πόθων.

Καὶ γὰρ ἐγὼ νῦν εἰμι λίην βραδύς· εἰ δ’ἐσίδοιμι

Ξεινόφιλου, στεροπῆς πτήσομαι ὀξύτερος.

Τοὔνεκεν οὐ φεύγειν γλυκὺν Ἵμερον, ἀλλα διώκειν,

πᾶσι λέγω. Ψυχῆς ἐστιν Ἔρως ἀκόνη.

*

D’Alphée de Mytilène.

Malheureux, ceux dont la vie va sans amour ! En effet, il n’est

facile ni d’agir ni de parler, loin du désir.

Et moi aussi, maintenant, je suis las ; mais si je vois

Xénophile, je bondis, plus vif que l’éclair !

Ainsi, il ne faut pas fuir la douce passion, mais la poursuivre,

je le dis à tous : L’amour est la pierre à aiguiser de l’âme.

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Source : Anthologie Grecque, livre 12, les Belles Lettres.

Courte oraison funèbre à Jean d’Ormesson

Nous dirons malgré tout que cette vie fut belle. Cette vie dont il serait vain de rappeler les innombrables épithètes, car c’est Immortel que Jean d’Ormesson nous a quittés, Immortel que restera dans nos mémoires cet homme, ce père, cet ami. Un guide, aussi, guide des égarés que nous sommes sur cette machine ronde, dont un repère s’est tu cette nuit. C’est par le cœur que cet amoureux devait partir ; amoureux des femmes, des beautés, de l’amour, amoureux dont les palmes et la plume académiques n’ont cessé de nous émouvoir.

Jean d’Ormesson n’était pas un monument. C’était un homme vivant, doté de cet appétit de vie dont témoigne chacune de ses œuvres, doué de cette joie de vivre qu’attestait chacune de ses apparitions. Quel artiste de la conversation l’éloquence perd-elle ! Mais les lettres reçurent un grand esprit, faisant des jeux de mots en métaphysique et de la philosophie en fatrasie. À l’image de sa vie, notre souvenir sera celui d’un touche-à-tout élégant.

Qu’au fracas de cette funèbre nouvelle, ne se tendent de noir l’Académie, les librairies, toutes les bibliothèques ? Que toutes les plumes, les imprimeries, la presse se taisent ! Que ne s’entende plus distinctement le gémissement de la langue française, qui doit continuer son chemin sans un de ses plus nobles chevaliers.

Ce départ en un éclair, si brusque volonté du ciel, ne doit nous étonner qu’à moitié, pour un amateur de voitures et de vitesse, cet homme de la cité habitué à la hâte du monde. Il n’était pas de la tour d’ivoire, cet homme qui charma tous ceux qui purent le rencontrer, et fascina tous ceux qui ne le rencontrèrent pas. Souvenez-vous-en, ou imaginez, sa bienveillance, sa générosité. Ses yeux pétillants, son sourire chaleureux, son air amical, qui réchauffaient même les plus acariâtres.

S’il traversa quatre-vingt-douze hivers, c’est un faible nombre face à tous les printemps qu’il fit fleurir, et que son œuvre continue de semer. Si ce froid l’a vu disparaître, il ne l’a pas éteint : son tempérament de feu, semblable aux phares de l’Antiquité, continue d’éclairer la vaste mer.

Ainsi dans nos exodes nous précèdent ses paroles, ostendadam viam per diem in columna nubis et per noctem in columna ignis : pour éclairer le chemin, colonne de nuage le jour, la nuit colonne de feu, pour suivre nos routes. Jean d’Ormesson est plus proche de la divinité, dont le nom change mais l’idée demeure.

De même son œuvre, variée et constante, bouleversante et conservatrice, somme d’innovations et encyclopédie de permanences, nous rapproche de l’éclat des lettres. Comme La Fontaine, Jean d’Ormesson rénovait la littérature tout en la consolidant. Et de romans en essais, de tentatives en poèmes, de proses en dialogues s’est établie une défense et illustration de la langue française, qui fit de ce grand homme l’Immortel auquel nous pensons tous, ce soir.

D’autres détailleront les qualités de ses écrits, d’autres célèbreront ses métiers, d’autres chanteront d’infinies louanges, car les langues se délient facilement quand l’émotion étreint la gorge. Oui, un homme nous a quitté, que rien ne nous permettra de retrouver, sinon les prières de nos cœurs.

Vous, que nous avions le droit d’appeler « Jean d’O », ne nous parlerez plus, mais nous continuerons de vous écouter. Par la grâce que vous insufflez à chaque lecteur, nous entendrons ces jolis mystère à demi-cachés dans vos livres. Et la gloire d’avoir été précédés par un esprit si lumineux nous donnera le courage de continuer l’exploration du monde et ses beautés.

Nous vous découvrirons ou vous retrouverons en lisant votre œuvre. Et quand nous aurons fini la nôtre, nous vous rejoindrons dans les siècles des siècles.

*

Le Chêne et le Roseau d’Ésope

Δρῦς καὶ κάλαμος ἤριζον περὶ ἰσχύος. Ἀνέμου δὲ σφοδροῦ γενομένου, ὁ μὲν  κάλαμος ἀνακλώμενος καὶ συγκλιόμενος ταῖς τούτου πνοαῖς τὴν ἐκρίζωσιν ἐξέφυγεν, ἡ δὲ δρῦς ἀντιστᾶσα ἐκ ῥιζῶν κατηνέχθη.

Ὁ λόγος δηλοῖ ὅτι οὐ δεῖ τοῖς κρείττοσιν ἐρίζειν ἢ ἀνθίστασθαι.

*

Le chêne et le roseau se disputaient à propos de leur force. Un vent violent naquit alors ; d’un côté le roseau, courbé et arqué par tous les tourbillons, esquiva le déracinement, de l’autre le chêne, voulant faire face, fut arraché, et abattu.

La fable dit que face à plus fort que soi, on ne peut ni rivaliser, ni résister.

 

 

Poème de Claude Frelon

Claude Frelon est l’archidiacre de Fourvière.

*

Le parvis était blanc, froid de ma solitude,

Mais d’un geste soudain ton corps obscur et vif

Alluma dans mon cœur et dans l’hiver si rude

Une flamme si noire à qui je suis rétif.

 

Tes cheveux sont des lacs qui m’ont tout attaché

Ton danser infernal un si lascif blasphème

Que j’en suis faible proie ; et mon cœur arraché

Saigne à tes pieds vaincu, brisé, exsangue et blême.

 

J’ai beau prier le ciel, Lucifer me condamne

Car tu es son serpent marchandant l’illusion ;

Tu en es au printemps, j’en suis à mon automne :

Jamais je ne pourrais assouvir ma passion.

 

On va rire de moi jusqu’à Caluire-et-Cuire

Car partout je pressens que tu vas me détruire.

Épigramme de Straton de Sardes

(2) ΣΤΡΑΤΩΝΟΣ

Μὴ ζήτει δέλτοισιν ἐμαῖς Πρίαμον παρὰ βωμοῖς,

μηδὲ τὰ Μηδείης μένθεα καὶ Νιόϐης,

μηδ’ Ἴτυν ἐν θαλάμοις καὶ ἀνδόνας ἐν πετάλοισιν·

ταῦτα γὰρ οἱ πρότεροι πάντα χύδην ἔγραφον·

ἀλλ’ ἱλαραῖς Χαρίτεσσι μεμιγμένον ἡδὺν Ἔρωτα

καὶ Βρόμιον· τούτοις δ’ ὀφρύες οὐκ ἔπρεπον.

 

*

De Straton.

Ne cherche pas en mes tablettes Priam à côté des autels,

ni les souffrances de Médée ni de Niobé

ni Itys en ses appartements ni les rossignols en leur feuillages,

car tout cela, mes prédécesseurs l’écrivaient sans cesse !

mais les joyeuses Charites mêlées au doux Éros

et Bromios ! à eux, la sériosité ne leur convenait pas.

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Source : Anthologie Grecque, livre 12, les Belles Lettres.

Observatoire de vieillissement du savon (1)

Le cube de savon commence à perler, de quoi mettre en humeur joyeuse !

 

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